Isabelle Faust (violoniste)
BERG. BEETHOVEN
VIOLIN CONCERTOS
Isabelle Faust (violoniste)
Orchestra Mozart
Claudio Abbado (conductor)
Harmonia Mundi
1 CD
Paru le 14 février 2012
Présentation
À quinze ans (1987), Isabelle Faust (Allemande de naissance) remporte le prestigieux prix de la meilleure violoniste au concours Léopold Mozart. L’artiste a joué sous la direction du chef Yehudi Menuhin et son concerto de Dvoràk fait partie intégrante de son répertoire habituel en tournée. De plus, la musicienne entreprend un défi de taille à l’occasion de cet enregistrement, celui de décortiquer le célèbre chef-d’oeuvre pour violon de Beethoven. Son intérêt lui permet ainsi d’étudier cette production artistique sous un angle différent, car elle (Faust) remet en cause chaque note, l’habilitant à mieux saisir l’essence même du concerto afin de jouer de façon convaincante avec rigueur et détermination.
Malgré tout, la soliste ne néglige pas aussi d’interpréter de la musique contemporaine telle : Messian , Windman , Berg et bien d’autres. En effet, la concertiste s’applique à exécuter l’opus de ce dernier sur le présent CD.
L’album
Les deux ouvrages s’adressent à l’être cher qui n’est plus….Berg situe son oeuvre à l’orée et au départ d’une tradition d’un modèle de musique contestataire et rebelle. De son côté, Beethoven un siècle plus tôt s’employait à abattre toute forme de classicisme absolu en « élevant » le violoniste pour le placer au-dessus de tout, afin qu’il devienne le maître de la situation dans l’exécution du concerto. Notons que les deux compositeurs sont pourvus d’une personnalité quasi identique aux traits révolutionnaires indéniables.
Analyse du concerto pour violon en Ré majeur op.61 de Beethoven.
Au départ, il est bon de savoir que l’artiste Faust ne fonde pas son interprétation uniquement sur le jeu du violon, mais plutôt sur sa réflexion personnelle et son vécu musical particulier.
I- Allegro ma non troppo
Faust donne à ce mouvement de l’éclat puis une profondeur sans précédent soutenu par le jeu orchestral d’un tempo alerte que lui présente Abbado. Elle imagine un mode d’expression où s’intensifie une dynamique et un lyrisme extatique hors du commun. Ce groupe d’éléments contribue à apporter l’émotion nécessaire puis à faire naître des rayons d’une luminosité céleste à cette version exclusive du vieux concerto en lui donnant une deuxième jeunesse… Une dimension thématique fulgurante se développe dès le début, grâce à la complicité du chef d’orchestre harmonieusement appuyé par l’interprète. Les attaques sont vives et les tempos alertes.
Par contre, la virtuosité de Faust lui permet d’exprimer ses sentiments profonds tout en naviguant avec harmonie à travers les contraintes techniques parfois difficiles que nécessitent certains fragments hasardeux de cette pièce musicale.
D’une beauté épurée…..
II- Larghetto
On découvre le bonheur en écoutant ce larghetto joué par madame Faust. Ici, tout inspire le naturel, la simplicité et l’humilité devant cette oeuvre de Beethoven. Sa maîtrise du violon est absolue et sans ambiguïté. L’intonation de l’orchestre porte une réelle expression de joie, de douceur et de légèreté dans cette version… La passion pour le violon est très présente chez l’artiste et même perceptible à chaque note. Que dire de la cohérence du phrasé sinon qu’elle est admirable et exemplaire. Une splendeur dans le discours se dégage de ce deuxième mouvement au moment de la redécouverte de ce morceau magistralement interprété par Faust-Abbado. La rencontre de ces deux grands musiciens est non seulement une aventure, mais une révélation suprême.
III - Rondo allegro
L’enchainement du rondo se fait sans une réelle interruption entre les deux mouvements. La cadence ressemble au jeu du chat et de la souris tellement l’interprétation est palpitante et rebondissante, voire hallucinante, de vivacité dans les échanges entre l’orchestre et la soliste. Le style de celle-ci est volontaire, vivant et parfois éclatant avec un instrument qui chante admirablement….Faust apporte à ce passage beaucoup de sensibilité, de couleurs et de spontanéité à tel point, qu’on a l’impression de tomber sous le charme de la fabuleuse virtuose.
Que du feu…!
Résumé
Ce concerto est bouleversant d’émotion et la netteté des détails nous amène à éprouver des sentiments d’une grande admiration envers l’orchestre d’Abbado et la phénoménale instrumentiste qu’est Isabelle Faust. Son contrôle du concerto et la performance que nous livre la violoniste nous acheminent littéralement dans un univers musical souverain et grandiose en plus de nous envelopper d’un romantisme débridé…
Les critiques sont enthousiastes et le succès de cet enregistrement est pleinement justifié, je crois!
Un achat que je vous recommande grandement.

