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Le temps en tranches

Je fréquente beaucoup l’histoire. Pour nourrir mes romans, rédiger mes chroniques du même ordre, raconter tour à tour des villes et villages pittoresques du Québec. Ces retours obligés dans le passé m’apprennent beaucoup sur la récurrence des sentiments humains dans le temps. Entre autres, le goût du pouvoir, celui de la réussite, l’ambition d’un mieux-être, les passions dévorantes, les peines vives de même que l’ensemble des gestes posés et des entreprises initiées qui se succèdent en un incessant mouvement de pendule qui va, qui vient.

En somme, l’histoire n’a de cesse de se répéter et, dans son mouvement ininterrompu, il y a de quoi perdre ses repères. Pour pallier cette situation autrement jamais bien arrêtée, les hommes ont découpé le temps en tranches : les années, les mois, les semaines… Les jours aussi, de 24 heures, chacune ayant 60 minutes, et ainsi de suite.

Cette idée de structurer le temps est justifiée par un besoin d’ordre. Les horloges, les montres, les agendas, sont autant de moyens pour éviter qu’on se perde dans un flou dont chaque instant serait empreint d’une angoissante incertitude.
Ce genre de réflexion ne manque jamais de poindre dans mon esprit lorsque, aux aguets, je me débats tant bien que mal dans la folie de l’heure de pointe. Ainsi, lors de mon dernier retour à Montréal depuis Saint-Pascal.

L’absurdité du spectacle m’a sidéré.

C’est qu’à force de prendre la mesure du temps comme référence à l’organisation de nos journées, on a créé des moments d’activités extrêmes où l’agitation urbaine frise la panique. En effet, force est de constater que le train de voitures qui envahit les grandes villes chaque matin et qui la quitte chaque soir est devenu une aberration à densité infernale.

Il y a quelques années, pour l’obtention de son permis d’opération, une petite ville d’Allemagne a adopté un règlement aux termes duquel toute nouvelle entreprise devait convenir de respecter l’horaire établi spécialement par la municipalité. Finis la ruée matinale vers les activités quotidiennes. Le 9 h à 17 h fut fractionné en 10 h à 18 h, 11 h à 19 h, etc.

Si l’expérience a d’abord fait sourciller, puis soulevé quelques protestations, elle est quand même parvenue à franchir la barre de la réussite.
Aujourd’hui, c’est de Belgique que nous viennent de nouvelles intentions de briser la sacro-sainte loi des matins et des fins d’après-midi furieux.
Aurait-on enfin trouvé une manière de s’affranchir de l’esclavage des heures aux habitudes fixes? Ce serait là une grande victoire sur la bêtise.

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